Arrête de jouer à la brebis, t’es une coyote. (2/2)

Handwritten note taped with masking tape, in red ink, containing an offensive French insult.

Partie II

Le droit à l'inconséquence.

Dans la partie I : Elle a encore pleuré dans son char,  j’ai écrit au sujet d’une « elle », une inconnue présumée avec laquelle on pouvait toutes résonner. Mais soyons honnêtes : je parle beaucoup de moi dans ce papier là. Et de toi aussi, si tu t’es rendue jusqu’ici. 

Confession pour confession :

J’ai une vie bien établie :
le chum, la carrière, la vie, la maison, le chien. 

 

Et… aussi :

Parfois, je fantasme
d’un amant raw dominant ascendant toxique.

Parfois, je fantasme d’un amant
raw dominant ascendant toxique.

Voilà, c’est dit.


La pure soif d’un impossible, un territoire aux limites qui n’ont rien à voir avec la réalité. S’enfoncer dans le désespoir de l’envie, sentir la panique de plaisir juste avant de jouir, le trouble qui traverse la chair et le rush qui grimpe quand l’armure de l’autre se disloque.

Je veux ça. Tout de ça.
Sans que rien du jeu ne vienne frôler ou désorganiser la confortable et prospère vie que je bâtis.

Inavouable?
Déplacé?
Inapproprié?

Possiblement. En même temps, le désir ne devrait pas être une honte. Certes, il est capricieux, mais, du moins, il est vivant. C’est un signal de vérité, un éveil du fluide pulsant, bien plus qu’une trahison de ton identité.

Le problème moral arrive quand on confond l’élan avec l’action.

Ce que le désir nous dit, ce n’est (presque) jamais de détruire notre vie, mais que quelque chose en dedans veut être captivé, traversé et déstabilisé.

La Coyote adore l’érotisme. Pas nécessairement pour la sexualité à proprement parler, mais pour cette sensation ardente d’avoir de la vie plein la chair.  Cette transcendance d’existence, c’est la plus vive attirance d’une femme. 

 

 

Complètement. Radicalement.
On ne peut pas fuir le désir sans s’éteindre. C’est inné.

Mais est-ce que le désir peut coexister avec ce qui est établi?

Faudrait.


Parce que la coyote n’est pas qu’une phase qui passe. Pas plus que ce n’est un résidu de jeunesse mal avalé.

Non. C’est le bloodline.
Pure et primaire, elle est ce qui coule en dedans, en dessous de tout (avant la carrière, avant le chum, avant la maison). Avant tout ce qu’on a construit de bon et de vrai.   

 

Et tu sais comme moi que si on l’étouffe trop longtemps, elle va encore pleurer dans son char.

Mourir de soif ?

Petite question.

S’il y avait une façon, promis jurée, que l’exploration et l’expression érotique ne puissent jamais défaire tout ce que tu aimes de ta vie, oserais-tu?

Si on pouvait te promettre l’émancipation totale de ta Coyote intérieure sans jamais mettre en danger ta réalité, aurais-tu le désir de la sortir jouer?

Ou la laisserais-tu mourir de soif?

Je t’entends (presque) me dire oui. 

Sauf que…

Promettre l’anonymat est devenu utopique.

Même quand tous les impliqués consentent au secret bien gardé, il y a toujours quelque chose qui est en train de surveiller, un risque que tu ne peux pas complètement mitiger

Tu n’es jamais plus qu’à un screenshot d’être exposée. Ça ne prend qu’une amitié endommagée pour qu’un secret confié soit rapporté. Qu’une notification mal gérée pour que tout soit communiqué. 

Nos secrets aujourd’hui ne circulent pas de bouche à oreille, mais d’écran à écran. 

Quand ce ne sont pas les yeux d’un autre qui se retrouve à potiner, c’est la Machine qui est en train de nous analyser.

Le droit à l’inconséquence est en voie d’extinction.

Oui, je sais, je sous-entends l’infidélité en prémisse, mais ce n’est pas le fond de l’idée.

Le fait est que, ressentir la curiosité, l’honorer et explorer, sans se noyer dans les conséquences, c’est un privilège dont on a toutes joui plus jeunes.

  • Disparaître en douce dans le bois avec la blonde de ton ami pendant un feu.

  • Onduler sur les colonnes de son, parce que c’était ta toune, sans qu’il n’y ait aucune preuve vidéo.

  • Avoir une phase chapeau de Corona, jeans ultra trop bas, string qui dépasse et l’assumer, mais aucune image qui se rend au lendemain matin de la veille.

Le présent était exploratoire et inconséquent.
Mais, plus maintenant.

Géolocalisée. Micro en continu.
Story volée. Visage reconnu.
Jamais rien d’effacé.

Tout ce qu’on ose laisser exister hors de nous laisse une empreinte.

La trace survit à l’acte.
L’ombre n’a plus sa place.
La transparence devient l’attente. 

Et le Web exige une intimité qu’on ne lui a jamais accordée.

L’intrusion est insupportable.

L’humaine est un chaos sophistiqué.
Un paquet de cellules matérialisées pour explorer les élans du désir, pour s’abandonner à la curiosité, pour visiter des territoires qui contredisent tout ce qu’on peut deviner d’elle.

Pour la Machine, la curiosité est une métrique à exploiter. Mais, la réalité c’est que, ton monde intérieur devrait être ta propriété exclusive

La prédiction constante est stérilisante. Elle ampute la Coyote de son délicieux droit à l’inconséquence. L’imagination est devenue plus dangereuse que la réalité. Il faut inévitablement être transparente, faire du sens, se badigeonner de cohérence. Vas-y fille, présente-toi, comprends-toi, explique-toi. 

Mais, si on sait déjà tout.
Qu’est-ce qui nous reste?

Laisse-moi être claire : j’en appelle à la possibilité de réellement fuck around and find out, d’essayer, d’être ce que rien ne peut prédire, et surtout, surtout, ce que personne ne peut filmer et exposer…

Juste une soirée.

 

Parce qu’au fond, c’est ça que l’érotisme nous offre, non?

Le chemin vers la rencontre de ce qu’on ne sait pas de nous-mêmes.

Refuser d’être dépossédée.

Mon bel amant, raw dominant limite toxique, de qui je me suis confessée tantôt, sa place n’est pas certaine sans dégât, dans ma vie réelle. Et probablement pas dans la tienne non plus.  

N’empêche, son appel est réel.

Tu m’as lu jusqu’ici parce que tu es de ma race, Coyote.

La vérité, c'est que

Ce besoin d’exploration érotique, de confrontation des tabous, de traversée de désir, d’envies et de vulnérabilité mouillée, tu ne peux pas, ne dois pas, l’étouffer.

À moins de vouloir te déposséder toi-même, et de re-finir en larmes.

C’est déchirant comme dualité.

Je te comprends.
Je te suis.
Je te sens.

Sincèrement !

Je t'ouvre un territoire : l’érotisme par courrier.

Je suis une écrivaine érotique qui choisit d’œuvrer sur papier.

Tu peux lire, à l’ancienne, explorer l’éros et les tabous, sans rien ni personne pour espionner la dilatation de tes pupilles à travers l’écran ou la vitesse à laquelle pulse ton sang.

Sur mon territoire, il n’y a pas un robot qui va savoir ce que tu ressens, pas un algorithme qui va influencer ton désir, pas un agent artificiel qui va jouer sur tes cycles, tes pulsions et tes envies. 

L’érotisme d’une femme ne devrait pas devenir de la nourriture gratuite pour l’algorithme.  Et je le revendique.


Je te propose un récit érotique directement dans ta boîte postale


Une histoire épicée pour jouir de droit à l’inconséquence.

My bloodline grows wild and free
My bloodline will die with me
There’s nothin’ left to hide
Now let me see your dark side *

Handwritten note taped with masking tape, in red ink, containing an offensive French insult.

Inspiration

J’emprunte le terme Machine à Paul Kingsnorth, un romantique réactionnaire, philosophe et essayiste qui a offert au monde l’un des plus importants livres de notre ère :  Against the Machine, On the Unmaking of Humanity. 

* KALEO. (2017). Bloodline. [Chanson].  Mixed Emotions. Atlantic Recording Corporation. 

 

KALEO. (2025). Mixed Emotions. [Album].  Atlantic Recording Corporation. 

 

KINGSNORTH, Paul. (2024) Against the Machine: On the Unmaking of Humanity, Thesis.

 

URBANIAK, Kasia. (2020) Unbound: A Woman’s Guide to Power, Avery.

 

ESTÉS, Clarissa Pinkola. (1992) https://www.amazon.ca/Women-Who-Run-Wolves-Archetype/dp/0345409876 Ballantine Books.

 

LENOIR, Frédéric. (2023). L’Odyssée du sacré: La grande histoire des croyances et des spiritualités des origines à nos jours. Albin Michel Littérature

 

NAGOSKI, Emily. (2015). Come as You Are: The Surprising New Science That Will Transform Your Sex Life. Simon & Schuster.

 

ISABEL LAROSA. (2022) Haunted. [Chanson]. Slumbo Labs/RCA Records.

Image de Alexine Quinn

Alexine Quinn

Je raconte l’érotisme de la femme et de son animale refoulée. Mes textes explorent la tension du contrôle, de l’excessif, du désir, de la chair et de la pensée.