Alexine Quinn

Cerveau

Comme si le temps s’était arrêté sur cet instant, j’ai l’impression de m’être divisée en deux. À demi plongée dans son discours, à demi perdue dans l’intensité de ses yeux passionnés, je suis envoûtée. Je ne peux pas m’expliquer comment ça se passe ni comprendre pourquoi c’est le cas, mais j’ai toujours eu un faible coupable pour les intellos. Ce n’est ni par élitisme ni par prétention; ces gars-là me fascinent. Leur cerveau me donne chaud en dedans. Les écouter me mène en transe. Et je me retrouve là, les oreilles impressionnées à essayer de dissimuler l’envie qui me fend la vie. Perdu dans mon autocensure, je me répète silencieusement Arrêtes Alex, vas pas là! en espérant m’en convaincre. Je ne peux ni l’assumer ni l’avouer, mais je suis allumée.

Non seulement ce serait déplacé de le provoquer, mais il est plus vieux que moi. Trop vieux pour moi. Même pour jouer. Même pour fantasmer. Déjà, je me suis perdu le corps sur celui d’un gamin de 24 ans en début de semaine. C’était limite. Cette fois, le creux serait trop marqué. Il pourrait être son père. Probablement le miens également. Je ne peux pas faire ça, ce serait comme m’enfiler le fils et le père un après l’autre.

(Cerveau) Je t’ai perdue? Excuse-moi, je parle trop.

Absorbée par le fond de son bleu, j’étais fixée, complètement perdue dans l’éclat de ses yeux. C’est grand ce qui se passe là-dedans. Il y’a le présent insouciant, mais il y’a aussi la force de tout ce qui s’est passé avant. Ça parle fort. Il y a tout ce qu’on peut transmettre sans même avoir besoin de se commettre.

(C) Tu as cette façon de regarder les gens directement dans les yeux. C’est déstabilisant.

(Alexine) Oh, eh je…

Rien. Juste rien. Il n’y a pas un mot qui est sorti de ma bouche. Comme une gamine, j’ai baissé les yeux, prise en défaut. A-t-il deviné mes pensées?! J’aimerais être plus difficile à lire, mais il n’y a rien à faire, peu importe combien je me cache, on me trouve toujours.

La discussion se poursuit. J’essaie de ne pas me perdre dans mes pensées. Mais en réalité j’ai le corps encore plus intéressé. Au fond, ce serait surement mieux que mon kiddo du début de semaine. À cet âge là, ils ne savent pas quoi faire de leur corps. Ils baisent en se chronométrant et en se mesurant. Ils se regardent eux-mêmes et donnent pour se rassurer. Ils n’aiment pas baiser, ils aiment savoir qu’ils peuvent faire jouir. Cela leur est rassurant. J’ai toujours préféré les gars plus vieux, ils ont toujours vu pire et toujours vu mieux. Je ne les impressionne pas, jamais. Ils sont justes. Et rendu là, partager son foutre devient un choix conscient, rien à voir avec ceux qui calculent la quantité de masculinité qu’expulse leur jet.

Je ne peux pas m’en empêcher. Profonde obsédée, j’imagine la scène de notre baise par séquences. Comme une vidéo saccadée, je le vois me prendre et m’enfoncer, je me vois engloutir sa queue bandée. J’écoute et je le regarde intéressée, mais les images défilent par pulsions en arrière-plan dans mon cerveau. C’est insuffisant. Est-ce que j’y arriverai? Est-ce qu’il flancherait?

C’est probablement un peu ça qui m’excite au fond. Les amener là où ils ne prévoyaient pas aller; les gagner pour les absorber. Je veux être ce qu’ils sont et c’est encore plus vrai avec les cerveaux. Il y a une pulsion sexuelle qui réchauffe le fond de mon ventre et que je ne peux la faire taire. Le défi est intéressant et excitant. D’un coup, il me le faut. Je ne réfléchis plus. La réservée et douce Alexine prends son recul et l’impulsive  et compulsive la devance. Comme quoi on ne peut d’aucune façon se définir par des étiquettes, constamment en mouvance. Il continue de parler. Incapable de me gérer, je rage de laisser vivre ce qui me brûle en dedans. Je m’approche et l’embrasse. Il se laisse faire, mais sans trop réagir. Je prends mon recul.

(A) Je… Excuse-moi. Je je n’aurais pas dû, J’ai arrêté de réfléchir.

Embarrassée par mon envolée, je ferme les yeux du plus fort que je le peux pour me détacher du présent. J’essaie de reconnecter avec la moi la plus sensée. Je la cherche en dedans, mais elle a désertée, encore. Je suis une salope. Je ne peux pas me le cacher. Il prend ma mâchoire de sa main et m’embrasse à son tour. Rassurée, je me libère de la tension que je forçais à mon visage et me langue danse la sienne. Sa main passe de ma mâchoire à mon cou, elle glisse sous une languette du cordage de ma lingerie. Il fait jouer le tissu entre ses doigts. Sa bouche enveloppe la mienne. Je ressens toute la lutte mentale qui l’habite. Perplexe, ses gestes sont retenus et prudents, mais ses lèvres passionnées trahissent l’envie. Il se retire à moi.

(C) Ça va?

J’ouvre les yeux, mais à nouveau je lui donne le silence, n’ayant aucune envie d’expliquer ou de nommer ce qui est en train de se passer. Je reprends sa langue, jusqu’à en perdre conscience avec le présent. En ce moment, je ne vis que dans ma peau. Ses mains y prennent place. Elle est boursouflée par l’envie d’être possédée. J’ai le frisson. J’ai chaud. C’est déjà bon. Ses doigts me caressent parfaitement, sans que je ressente l’envie habituelle de les contrôler. Il m’excite. Beaucoup. Trop. Je le touche, glissant mes mains sous son chandail de laine. L’odeur de son parfum épicé scelle mon audace et je me mets à baiser son cou. Sa peau sous mes lèvres et ma langue fait monter la chaleur entre mes cuisses. Mon corps grimpe le sien. Mes ondulations sont barrées par ma jupe moulante qui au fond n’avait aucune autre intention que celle de le provoquer. Il se faufile sous le tissu noir de mon chemiser. Le bout de ses doigts descendent jusqu’à mes seins aiguillés. Il ne fait que frôler ma peau. J’ai le frisson qui me traverse tout le corps. Je ressens la chair de poule s’accentuer. Plus. J’ai besoin de plus. Mes pensées ardentes parlent plus fort que mon silence et il me déshabille enfin. Il dégage mes épaules de la veste qui les couvraient et y pose sa bouche. Son souffle chaud me fait frémir. Je me libère de mon chemisier et de la lingerie provocante qu’il cachait. J’ai la peau qui palpite. Il n’a presque rien fait et je suis déjà ailleurs. Bien loin. Je n’ai qu’une envie, celle de sentir sa langue sur mes mamelons durcis. Je veux sentir sa barbe griffer ma peau jusqu’à la tracer. Je brûle. Bien plus que je ne le devrais. Mon souffle est saccadé, cassé et perdu dans mon fond. Je reviens à moi pour le rattraper. Je prends un recul et ouvre les yeux. Ces gestes ont cessé, il m’observe, incertain de la tournure que prendra la suite, comme si j’allais changer d’idée, comme si j’avais autre chose en tête que de me l’enfiler. Toute la tension emprisonnée dans mon corps passe à mes yeux audacieux qui fixent maintenant les siens. Rien, pas un mot, ça parle déjà assez fort. Ça crie j’ai envie de toi. Ça hurle prends moi. Ça dit tout ce que je ne dirai pas.

Il me soulève en se relevant. Debout, il retire son chandail et le laisse aller au sol. Il défait son pantalon. Magnétique, je m’avance vers lui pour toucher sa peau nue. Mais il me repousse contre le fauteuil et s’approche de moi. La chaleur de sa peau frôle la mienne. Brûle-moi! Mon envie le pointe. Sa langue me caresse de mon cou à ma clavicule, ses poils m’écorchent au passage. J’ai chaud, trop chaud, en dedans c’est brûlant. Je veux sa bouche sur mes seins. Ces mouvements sont lents, mais puissants, confiants et assumés. Sa langue trouve mon sein droit, enfin. Elle enroule mon mamelon. Sa main tord le gauche. J’échappe quelques gémissements. Je me tortille pour garder mon bassin en mouvement, l’énergie est trop forte pour rester immobile, j’ai l’impression que je m’en consumerai. Mes mains sont sur ses épaules, son cou, ses cheveux, ses bras, partout où je peux m’agripper et le toucher. Je remonte les pieds sur le siège. J’ondule le bassin. Je veux me faire enfoncer. Je n’ai pas vu sa bite encore que déjà je veux la posséder. Toujours partiellement habillé, sa queue est bien rangée et sous son contrôle. Je force à nouveau mon regard déterminé dans le siens. Il ne me répond que par un sourire de coin. Je lui fais signe d’un coup de menton. Retire ce pantalon, maintenant! Ce qu’il fait avant de reprendre la tension de nos regards. Son corps me fait envie. Il est séduisant. Bien plus que bien d’autres à cet âge. Sans doute est-ce une remarque cherchant à me déculpabiliser, mais j’en ai envie, sincèrement.

Je m’approche de lui. Je l’embrasse à nouveau avant de me laisser tomber brusquement à ses pieds. Son boxer est en plein dans mon visage. J’en ai besoin. Je passe mes longs cheveux sur mon épaule gauche dégageant mon visage et libérant ma bouche pour ce qu’elle veut vraiment. Je presse mes lèvres sur la forme tendue de sa verge sous le tissu. Il passe sa main sur ma tête, ses doigts sont raides, forts, tendus et crispés, mais retenus. Il ne pousse pas ma tête à lui pour se sentir puissant comme l’aurait fait le petit jeune. Son geste me donne d’autant plus envie de l’engloutir entre mes lèvres pulpeuses. Je passe un doigt sous la bande élastique et j’en ressors sa queue tout près de ma gueule. Fuck! Il peut bien être confiant.

Je prends ses couilles dans ma main et je passe ma langue pour le goûter avant de le faire disparaître dans ma bouche. À genoux, devant lui, au sol, je le glisse entre mes lèvres à répétitions. Je le suce avec envie jusqu’à lui arracher un soupir. Je sens ma fente se tremper, toujours enfouie sous les collants et la jupe. Je me relève et retire tout ce qui me reste comme vêtement. Je veux retourner au sol, le replonger dans ma gorge et enfoncer mes doigts en moi. Mais il me retient debout, face à lui. Ses yeux bleus clairs aux pupilles dilatées sont maintenant noirs de désir. Je recule sur le mur derrière et il se colle à moi. Sa queue se plaque à ma cuisse. Je la veux plus haut. Je la veux en dedans. Il me repousse contre le fauteuil et me grimpe. J’ai chaud. Je suis mouillée. Je veux me faire baiser. Je passe ma main à ma peau trempée, couvrant mes doigts de mon jus que je force à sa bouche. Il suce mes doigts et j’hurle silencieusement enfonce-moi. Il ondule son bassin sur le mien, frottant sa queue à ma chatte, repoussant mon clitoris. Je pousse mes hanches vers lui pour forcer son geste. Il me pénètre enfin. Loin. Il m’emplit. S’enfonce et m’enfonce profondément. Mes doigts s’imprègnent dans ses épaules. Je le tire à moi. Je le veux plus près encore et plus fort. Je ne suis jamais assez profondément baisée. Mes ongles tracent sa peau. Je gémis. Je me lamente. Je le repousse et le reprends. Je le griffe plus fort encore. Je veux marquer son esprit. Je veux lui laisser une trace qui sera encore là demain. Je relâche ma tête derrière ouvrant ma gorge et libérant quelques éclats de voix sous la force de ses coups jusqu’à ressentir les tressauts d’un orgasme puissant. Il me laisse revenir à moi, puis se retire et reprend son air en contrôle. Il reprend son pantalon. Sa verge est toujours raide.

(A) Attends. Tu n’es pas venu toi. Je n’ai pas eu ton sperme.

(C) Je n’en ai pas besoin.

Il quitte en ramassant tout ce qui lui appartient au sol.

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